Paroles d'une vie à l'autre

D'UNE VIE A L'AUTRE
East West / Warner Music, 2003.
Neige - Changer - Ouvrir - Touchez pas les enfants - Comme des gens qui s'aiment - Vivre heureux ensemble - Au Parloir - Désir - Réniements - Le cri du papillon - Ce moment d'être - La balle au fond - Séléna

NEIGE


Le temps a laissé son manteau de vent de froidure et de pluie
Sur les pentes de mes tempes un air de blanc un air de gris
Au clair de cette ronde prête-moi tes ondes mon ami Charly
J’ai vu dans ce rondel deux rimes trop jeunes pour lui
Cet être a eu deux fois vingt ans maintenant ça suffit
J’en ai 40 et je sens bien
Que je deviens cet autre là tant pis.

Neige
Que la neige tombe à présent
Sur le rondeau de ma vie
Sur deux rimes ce refrain me dit
Que tout commence et que jamais rien ne finit
N’ ai-je
Que la neige à me mettre sous le ciel et la pluie
Si c’est avec toi mon amour
Que cet hiver s’approche
Alors qu’il dure aussi

Tu aimes ces rides qui durent même après le sourire
Juste à la commissure de mes yeux et tu aimes à dire
Que si tu m’avais connu avant elles tu ne m’aurais même pas regardé
Mais moi je sens bien que mes forces ne sont plus ce que j’étais
Aux yeux de pierre fendre écorce aussi vient à craquer
Je sais que le temps passe enfin et qu’il faudra un jour
Le laisser s’arrêter

Neige
Que la neige tombe à présent
Sur le printemps de ma vie
Là sur ce vert feuillage un oiseau chante
Que la fleur sur l’arbre refleurit
N’ai-je
Que la neige à me mettre sous les yeux aujourd’hui
Si c’est avec toi mon amour
Va pour la blanche roche
Il fera bon ici

Toutes ces femmes et ces hommes que j’ai connus tout petit
Ces hauts comme trois pommes plus hauts que moi je me dis
Que tout ce qu’ ils ont pris en taille
Je l’ai pris en âge ça y est j’ai grandi
Ce n’est plus mon affaire c’est celle du compte à rebours
Il n’y a plus rien à faire sauf l’amour après l’amour
Celui qui se succède à lui-même
Quand on sait qu’on s’aime
Et que c’est pour toujours

Neige
Que la neige tombe à présent
Sur le reste de ma vie
Si tu restes avec moi si tu m’acceptes toujours
Et toujours tel que je suis
N’ ai-je
Que la neige à mettre sur le lilas de nos draps de lit
Si c’est avec toi mon amour
Que je m’endors je peux rêver
Toute ma vie

CHANGER


Dans cet hôtel je passe purgatoire tranquille
Couché dans la réception comme échoué sur une île
Seul sans lumière
Sans toi mes draps de lit sont des tapis de poussière
Hamlet cherche Ophélie mes yeux pleurent des rivières
Mots d’amour d’éphémère
Changement de cavalière

Tu croises un peu trop les jambes pour moi petite vierge
J’ai de sales pensées brûle un cierge dans ton cœur
Je brûle d’une autre manière
Le chemin le plus court de la mort à la vie
C’est l’amour
Changement de cavalière

Changer de peau changer de vent
Comme un oiseau comme un serpent
Changer de main et de regard
De jour qui vient de train qui part
Changer de pluie changer de boue
Changer de vie changer de tout
Changer de tout changer de vent
Changer de peau
Serpent oiseau

Cette mue d’ouragan sur ta bouche vermeille
La hure du volcan dans le dragon qui sommeille
Et moi et moi que je raye
Le flux dans le miroir de la lune qui m’appelle
Si je vois dans le noir c’est parce que la vie est belle
Toute entière
Changement de cavalière

OUVRIR

Ouvrir son coeur et son esprit
Ouvrir les portes du paradis
À tous ceux qui ont l’enfer au fond des yeux
Ouvrir son coeur et son esprit
Ouvrir les frontières de son pays
À ceux qu’on a privé du droit de vivre heureux

Je ne veux plus voir tous ces gens
Mourir sous les roues d’un train partant
Pour le pays qui ne veut pas les recevoir
Je ne veux plus voir ces troupeaux
D’humains dériver sur ces bateaux
Sous le regard de ceux qui ne veulent rien voir

Je veux chanter ces mots d’enfant
À vous messieurs que l’on nomme grands
Quand on est grand on ne peut pas ne pas savoir
Savoir ces femmes et ces bébés
Qui n’ont même plus d’eau pour pleurer
Et faire comme si les aider n’était pas un devoir

Car il y a assez d’ argent
Assez de terre pour tous les gens
Et pour qu’aucun ne soit jamais chassé
Du monde où il est né
Car il y a assez de temps
Pour que demain soit maintenant
L’univers dont tous les hommes ont toujours rêvé

Je fais ce rêve et je le dis
À tous ceux qui m’ entendent et qui rient
Parce qu’ ils croient que seul a raison le pouvoir
Et je sais que le jour viendra
Où ce rêve enfin deviendra
La réalité que nous méritons tous d’avoir

Ouvrir son coeur et son esprit
Ouvrir les portes du paradis
À tous ceux qui ont l’enfer au fond des yeux
Ouvrir son coeur et son esprit
Ouvrir les frontières de son pays
À ceux qu’on a privé du droit de vivre heureux

TOUCHEZ PAS LES ENFANTS

Faites la guerre
À l’amour à la terre
Frères humains le mal partout et tout le temps
Mais touchez pas les enfants

Allez donc poser des bombes
Dans tous les coins du monde
Faire sauter les bons retomber les méchants
Mais touchez pas les enfants

Quelle que soit votre cause
S’il faut verser le sang
Détruisez toute chose
Mais jamais les enfants

Vous les marchands de vice
Trafiquants de sévices
Frères humains restez entre adultes indécents
Mais touchez pas aux enfants

Rendez la faucheuse d’hommes
À tous les fous qui la donnent
Mettez au même rang le coupable et l’innocent
Mais touchez pas les enfants

Quelle que soit votre cause
S’il faut verser le sang
Détruisez toute chose
Mais jamais les enfants

Faites la guerre
À l’amour à la terre
Frères humains le mal partout à tous les vents
Mais touchez pas les enfants

COMME DES GENS QUI S’AIMENT

J’ai entendu comme un écho
Ce chant qui monte aux murs de Jéricho
Ces deux enfants nés dans la haine
Marcher main dans la main
Comme des gens qui s’aiment

J’ai entendu comme un tempo
Leur petit coeur battre uni sous leur peau
Ils allaient dans Jérusalem
Marcher main dans la main
Comme des gens qui s’aiment

Ismaël Israël
Je les ai vus
Vivre heureux sous le ciel
Et dans les rues
S’aimer comme au début

J’ai vu leurs jeux dans ce décor
Changer la guerre en paix trouver l’accord
J’ai vu jaillir le blé qu’on sème
De leur main dans la main
J’ai vu des gens qui s’aiment

Ismaël Israël
Je les ai vus
Vivre heureux sous le ciel
Et dans les rues
S’aimer comme au début

Dieu si nous sommes tes enfants
Alors fais comme font tous les parents
Laisse-nous rompre un jour nos chaînes
Et vivre enfin sans toi
Comme des gens qui s’aiment

VIVRE HEUREUX ENSEMBLE

Se dire que le monde est beau
Même s’il fait le beau pour se détruire
Se dire que les temps nouveaux
Seront meilleurs même s’ils vont au pire
Se dire en voyant les enfants
Que l’avenir aujourd’hui leur ressemble
Et qu’ils finiront mêmes grands
Par vivre heureux ensemble

Se dire qu’il ne faut jamais
Laisser la vie nous faire de la peine
Tout le mal qu’on nous a fait
Vider nos coeurs pour les remplir de haine
Se dire en voyant l’univers
Qu’il n’est fait que de pièces qui s’assemblent
Qu’on finira même en enfer
Par vivre heureux ensemble

Se dire que l’humanité commence
Quand deux êtres en font un autre
Que l’amour c’est la vérité
La mienne plus la tienne plus la nôtre
Se dire les yeux dans les yeux
Qu’en fixant bien le point qui nous rassemble
On finira bien tous les deux
Par vivre heureux ensemble

Se dire les yeux dans les yeux
Qu’en vivant même comme bon nous semble
On finira bien tous les deux
Un jour par vivre heureux ensemble

AU PARLOIR

Ne cherche pas l’enfer
Au-delà de la vie
Satan peuple la terre
Nous habitons chez lui
Ne cherche pas le monde
Sans ce qui le détruit
Ce ne serait plus le monde
Ce serait le paradis

Ai-je en moi tout le bien
Que l’on attend de moi
Y’a t’il seulement un lien
Qui ne se défait pas
Y’a t’il vraiment un ange
Dans le diable qui dort
Qui me vient qui me mange
Quand je viens dans mon corps

Ces yeux dans le miroir
Et qui ne me voient pas
Je voudrais bien le croire
Il paraît que c’est moi
Je voudrais bien savoir
Qui je suis
Qui est là
Qui m’attend au parloir
Lorsque je pense à toi

Gardiens de la morale
Gardez donc vos regards
Jusqu’à mon dernier râle
Je serai là quelque part
Entre moi et moi-même
Et dans ce purgatoire
Je te dirai je t’aime
Et je perdrai la mémoire

Ces yeux dans le miroir
Et qui ne me voient pas
Je voudrais bien le croire
Il paraît que c’est moi
Je voudrais bien savoir
Qui je suis
Qui est là
Qui m’attend au parloir
Lorsque je pense à toi

LE CRI DU PAPILLON

Si j’avais le sida
Boirais-tu dans mon verre ?
Ferais-tu l’ amour avec moi
À l’endroit, à l’envers ?
Si j’avais la mort dans ma chair
La voudrais-tu aussi ?
Irais-tu jusqu’au bout de l’enfer
Avec moi dans ton lit ?

Si ta vie est terminée
Je me fous de la mienne
Si ton sang est contaminé
Je le veux dans mes veines
Et puis mourir de tes baisers
Comme j’en ai vécu
Jusqu’au bout de l’histoire d’aimer,
De l’histoire de ...

Si la vie est un songe
Comme on lit dans le grand chaudron
Est-ce que l’amour est un mensonge ?
Réfléchis et réponds

Que je sois ou non pour toi
Cet objet du désir
Jusqu’où va ton envie de moi,
Jusqu’où va ton délire ?
D’Êve moi je n’attends plus rien
Ni d’Adam ni du monde ni d’autrui
Moi c’est à toi que je tiens
Ce n’est pas à la vie

Si nous vivions tous les deux
Et si je mourrais demain
Est-ce qu’en me refermant les yeux
Tu me lâcherais la main ?
Et parmi ceux qui sont dans la ronde
Et tournent dans ce ronron
Combien peuvent entendre en ce monde
Le cri du papillon ?

Si la vie est un songe
Comme on lit dans le grand chaudron
Est-ce que l’amour est un mensonge ?
Réfléchis et réponds

CE MOMENT D’ÊTRE


Ce couple d’arbres sous la pluie
Qui tangue dans le vent
À la fenêtre de ma nuit
Ce couple d’arbres c’est nous deux
Comme on l’était avant
Que le temps nous ait pris l’envie

Il y a ces nuages qui pleurent le goût du ciel
Et dans cette chambre d’hôtel
La main qui cherche sur mon corps
Et sous les draps du lit
Ce moment d’être dans ta vie

Je sens les bruits de l’air qui claque
Et l’eau dans cet embrun
Qui vient du dehors jusqu’ici
J’entends les cris de nos enfants
Qui jouent dans un jardin
Même s’ils dorment à cette heure-ci

Il y a tous ces jours passés avec toi loin de toi
Ceux que nous ne connaîtrons pas
Mais il y a toujours cet amour qui nous réunit
Ce moment d’être dans ta vie

Ce couple d’arbres dans le vent
Qui tangue sous la pluie
Qui tangue tangue en même temps
Ce couple d’arbres c’est nous deux
Quand tout sera fini
Nous deux comme au premier instant

Je sais que c’est un rêve
Et je sais que ceux qui le font
Ne savent pas tous où ils vont
Mais je ferai ce rêve
Autant que j’aurai pour ami
Ce moment d’être dans ta vie
Et je ferai ce rêve
Autant que j’aurai pour abri
Ce moment d’être dans la vie

LA BALLE AU FOND


J’ai déjà vu cette lumière-là quelque part
Dans la rosée qui perle au-dessus d’ un nénuphar
Au matin quand le soleil grimpe au tréfonds
Et dans les yeux du grand Hyas quand il met la balle au fond

Dans l’air d’après la pluie de cristal et d’arc-en-ciel
L’ enfant qui sourit à l’ange qui tient ses ailes
Les magentas du jour à la nuit qui se défont
Et dans les yeux du grand Hyas quand il met la balle au fond

Le mur noir de la mer où palpite le phare
C’est la mort à l’envers la vie du regard
Au milieu du front
Au-dessus des monts

J’ai déjà vu cette lumière là quelque part
À l’orée d’un retour, à l’aurore d’un départ
Comme l’instant de calme après le typhon
Les yeux du grand Hyas quand il met la balle au fond

Cette lumière-là c’est celle qui met du fard
Du fard à joie sur les joues de nos jours de cafard
Le but que l’on enlève comme une étoile un poisson
Du filet de nos rêves quand va la balle au fond

SÉLÉNA


Toi tu crois aux fées aux licornes
Aux dragons et aux poupées
Qu’il suffit qu’une cloche sonne
Pour que les hommes vivent en paix
Que l’étoile qui brille même
Quand les autres ne brillent pas
Le fait juste pour te dire je t’aime
Et qu’elle ne brille que pour toi

Et moi je devrais te dire mon ange
Que ces choses n’existent pas
Mais je ne peux te donner le change
Car je suis comme toi moi j’y crois

Toi tu crois que rien n’est légende
Que l’on voit tout ce que l’on croit
Que l’on peut s’envoler dans sa chambre
Avec tous les oiseaux des bois
Que la mort n’est qu’une mégère
Et qu’il suffit pour la chasser
De se mettre un p’tit peu en colère
Et de lui dire de s’en aller

Et moi je devrais te dire sois forte
Un jour elle va nous emporter
Mais comment te parler de la sorte
En toi je vois l’éternité

Mon enfant, mon amour
Chaque nuit, chaque jour
Que le Dieu nous a fait
Même grand même vieux
Je vis avec tes yeux
Je vois dans ta forêt
Et je sais qu’il y a
Et qu’il est une fois
Dans le noir où tu vas
Le miracle qui vient toujours comme il se doit
Le miracle qui vient toujours après la foi

Et dans le noir il y a ce monde
Cet infini que tu vois
Les cheveux de ta poupée blonde
Comme un soleil entre tes doigts
Cette étoile bien sûr c’est la tienne
C’est ta licorne et ton dragon
La maison de tous les gens qui t’aiment
Qui vivent et qui toujours vivront

Et la maman qui te lit l’histoire
À laquelle tu ne devrais pas
Croire et pourtant
Qui restera dans ta mémoire
Pour toujours et toujours restera

 

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