Les inedits

 LES INÉDITS
Arcade, 1994.
Tequila - Réveille la force - Faces cachées - Ode dell' Arte - Barbara (Prévert) - La mémoire et la mer (Ferré) - Vague - Currilculhomme - La maison du bonheur - Ode to Jim - Lettres d'excuses - Un champignon pousse (Mouillac).

TÉQUILA


J’ai laissé mon corps sur l’matos
En rangeant le camion
J’ai l’estomac dans les talons
Le soleil qui cogne fort dehors
M’a fait l’dos liquide et marron
Pourquoi j’suis pas à la maison

Encore un peu
Et p’t’être qu’un jour on s’aimera mieux
Le goudron m’a vidé les yeux
Encore un p’tit coup de Téquila
Et p’t’être bien qu’après ça ira
Je pense à toi
Ça me fait bizarre
J’sais pas c’que j’ai dans le regard
Mais toute ma vie j’l’ai déroulée en ligne blanche sur goudron noir
Quand j’pense à ça des fois ça m’file un sacré coup de cafard
J’ai même plus d’quoi m’faire un pétard

Encore un peu
Et p’t’être qu’un jour on s’aimera mieux
Le goudron m’a bouffé les yeux
Encore un bon coup de Téquila
Et p’t’être j’penserai plus à tout ça
Mais quand je roule, j’me saoule de toi

Et toute la vie on continuera
De planter la musique
Faire l’amour avec le public
Et tout en accordant les guitares
Je leur parl’rai encore de toi
Et tout en conduisant le soir
Sur le goudron là devant moi
C’est toujours ton visage que je vois

Encore un peu
Et p’t’être qu’un jour on s’aimera mieux
Le goudron m’a gonflé les yeux
Mes paupières tombent sur le volant,
Faudrait qu’j’m’arrête un p’tit moment
Ça tombe bien cette nuit j’ai du temps

Encore un peu
Et p’t’être qu’un jour on s’aimera mieux
Le goudron m’a fermé les yeux
Une bonne bouteille de Téquila
Et p’t’être bien qu’j’aurai moins froid
Je pense à toi

Encore une bonne bouteille de Téquila
Et p’t’être bien qu’j’aurai moins froid
Je pense à toi

ODE DELL’ARTE


Je suis devenu triste
Pour être « DELL’ARTE »
De n’être pas artiste
Mais mitron, car jamais
Semaldina en piste
Ne m’a fait d’Aparté
Pantaleone veille
Sur sa cassette d’or
Ignorant les merveilles
De cette île au trésor
Que Sméraldine éveille
Dans mon cœur qui s’endort
Deux baisers de théâtre
À ses mains déposés
Par Scapino folâtre
Par Briguella rusé
Font que mon cœur de plâtre
À jamais s’est brisé
Mais au gré de mon rêve
Elle danse pour moi
Jusqu’au jour qui se lève
Où là, comme il se doit
Arlequino l’enlève
Sur sa batte de bois
Leur costume est le même
Fait de mille couleurs
De morceaux de je t’aime
Dérobés à mon cœur
Du meilleur de moi-même
Qui lui crie au voleur !
Ses faux airs de mégère
Plaisent aux Arlequins,
Mais moi je lui préfère
Aux frusques des coquins
Une robe légère
Blanche aux blancs brodequins
Matamore bellâtre
Courtise Isabella
Florindo pour le battre
N’a qu’à hausser la voix
Sméraldine au théâtre
M’ignore et j’en suis là
C’est pour sa peau d’albâtre
Et de colombe innée
Que ma peau de théâtre
S’est toute 'enfarinée'
Que s’est éteint dans l’âtre
Mon cœur sans cheminée
« O Sinore il Dottore »
Pour parler comme il faut
Pour parler à Mi amore
Apprends-moi tous les mots
Ceux que ma plume ignore,
Qui me font tant défaut
Puccinella pour elle
Ses bosses remplira
Des lettres les plus belles
Que mon cœur lui dira
Et de polichinelle
Jusqu’en elle il ira
Seul au clair de la terre
Sur la lune où je vis
Dans mon cœur solitaire
Dans mon âme ravie
J’écrirai pour lui plaire
Les pages de ma vie
Et si casse la mine
Entre deux numéros
Qui sur mes joues dessine
Une larme au cœur gros
C’est pour toi Colombine
Qui m’a fait ton Pierro

VAGUE


Vague au doigt cherche ondoie
Le dessin de tes seins de tes seins
Jeux de mains jeux de reins
Lèvrenfleur enchaleur enchaleur
Assoiffés décoiffés
Embrassés endrassés endrassés
Flux reflux rien de plus
Entre et sors prends l’essor des oiseaux va plus haut

Il y a ce matin qui traverse la pluie
Qui s’appelle l’instant quand il n’a pas tes larmes
Ce moment de chemin qui ressemble à l’absurde
Avec tes mots à toi quand tu ne les dis pas
Et qui devient l’ailleurs dans le clair de tes yeux
Cet horizon bleuté dans l’esprit du silence,
À l’orée de ton corps qui se couche et s’en va
Comme une écume ouverte…
Il y a ce nuage où le bleu fait son nid
Ce jardin de satin qui s’appelle ta peau
Cette rosée perlant le doré de tes spasmes
Il y a ce rocher qui s’appelle l’orgasme
Et que je touche en toi lorsque tu le veux bien
Cette montée de nous qui sait l’instinct des rêves…
Il y a cet azur qui devient l’au-delà
Quand le cri de tes cris s’envole au fond de moi
Je sens l’orage attendre au terme de mes doigts
Je vois ton corps s’ambrer de mille paysages
Où se marbre l’amour
Et je suis le plaisir quand tu me le demandes
Et tu prends ton essor et je pars dans tes ailes
Et je deviens ton corps enfin sous son emprise
Et mon âme soumise est à ton bon désir…
Elle : Implosion
Je suis un aigle, il fait, il fait…
Elle : Explosion
Comme dans les tempêtes

Viens encore sur mon corps sur mon corps

Tu es ce retard d’alizé dans les embruns solaires,
Un peu de ces volcans où je te trouve enfin
Sirène m’entraînant dans l’hiver de ces laves
Au fond des océans où le feu devient l’eau

Regarde au bout de nous notre chair qui commence
Regarde c’est l’hiver, pourtant, je n’ai pas froid
Je suis sur cette plage où tu renais de moi
Où je suis vague et toi le sable qui m’absorbe
Et toi le sable qui m’absorbe

Regarde au bout de nous notre chair qui commence
Regarde, c’est l’hiver, pourtant, je n’ai pas froid
Je suis sur cette plage où tu renais de moi
Où tu es vague et moi le sable qui t’absorbe
Où je suis ciel et toi le feu qui me traverse
Le feu qui me transperce…

(à Stella)

CURRICULHOMME

Je suis un ex ado qu’a fait vieux d’une traite
Un ex anti-facho gaucho à la retraite
Un ex fils fouettard mutilé du fouet
Un enfant sur le tard qui n’a plus ses jouets
Je suis un ex-Castrodskyste pro-Maoïste
Ex-chrétien judéo musulman taoïste
Un jeuniste attardé qui marche à bout de souffle
Un disciple du Che qui cherche ses pantoufles
Je suis un ex-voto du vote socialiste
Lénino Marxisto petit-fils de Gaulliste
J’ai fait stopper des guerres tomber des présidents
Fait le tour de Nanterre en quarante printemps
Je suis un exempté ascendant pacifiste
Ex-anar patenté militant ça suffiste
Ex colo polémiste à tendance alarmiste
Je suis un extrémiste
Mais plus ex que trémiste
Jack !
The concept is this basically !!!
Fuck you !
Hey Man !
Comment tu t’appelles ?
Je m’appelle Margès,
Je m’appelle Liju,
Et je me suis rangé
Côté des trous du cul…
Des quoi ?
Des enléculs !
J’ai retourné ma veste autant de fois qu’il faut
Passé de l’Est à l’Ouest au pays des journaux
Je suis le survivant d’un monde imaginé
Dont j’me sers aujourd’hui pour faire de la monnaie
Allez passez la monnaie !
Allez vas-y ! Vas-y, Jo !
Montre leur !
C’est pas Jo
C’est Jimmy !
Allez, fais Jo !
Fais Jo ! Allez !
Passez la monnaie !
Passez !

LETTRES D’EXCUSES


J’lui avais dit attends
Attends encore un peu
Attends qu’on ait grandi
J’ferai le plus vite qu’on peut
J’bosserai dur au chantier
Quand j’aurai d’quoi te marier
En blanc et pis en grand
J’irai voir tes parents
J’te donnerai toute ma paye
Je vivrai que pour toi
En amour et en paix
Même après qu’on soit trois

J’lui disais ça et elle
Avec son air moqueur
Elle baissait les yeux
À hauteur de mon cœur

J’lui avais dit attends
Mais quand je suis revenu
Le temps qu’on ait grandi
Ell’m’a même pas reconnu
Elle était plus pareille
Elle avait sa voiture
Et des boucles d’oreilles
Sur ses joues d’la peinture
J’lui avais dit pourtant
Reste dans ta maison
Mêm’si ça dure longtemps
Le cœur s’fait une raison

Elle a pas pû attendre
Et le premier venu
Me l’a prise
Pour en faire
Ce qu’elle est devenue

Et moi j’suis comme un gosse
Au milieu de la plage
Comme un enfant perdu
Qu’a paumé ses parents
J’suis comme un gosse largué
Qui sait plus ses images
Qu’en peut plus de marcher
Et de devenir grand
Je les cherche et je cherche
Et je les trouve pas
Et je crie m’laissez pas
Je crie Maman Papa
Et les gens me regardent
Et me comprennent pas
Ils m’font peur ils m’font mal
Ils m’font c’que je suis pas
Et j’veux pas être comme eux
Et j’veux pas être grand
Comme tous ces gens autour
Et j’veux pas et j’veux pas
Et je cours et je cours
Loin de tout c’qui m’attache
Pour plus perdre personne
Et j’me réveille trop tard
Quand mon réveil me sonne
Et j’me réveille trop tard
Quand mon réveil me sonne
Et j’me réveille trop tard
Je suis grand, j’suis comme eux
Et je suis comme un gosse
Qui est devenu vieux

J’lui avais dit attends
Nous deux c’est du sérieux
Attends qu’on ait grandi
Et ce sera encore mieux
Te mets pas du noir aux yeux
Les hommes quand ils voient ça
Ils croient que c’est pour eux
Et pis ils s’mettent après toi
Va pas dans les cafés
Y a d’la mauvaise lumière
Quand tu vas au marché
Vas-y avec ta mère

J’lui avais dit attends
Mais quand elle est revenue
Le temps qu’on est grandi
Je l’ai même pas reconnue
Avec ses bas de soie
Ses faux airs de princesse
Du rouge au bout des doigts
Un homme, un chien en laisse
J’lui offre un café crème
Ell’me dit j’ai pas l’temps
Alors j’lui dis je t’aime
Elle rit avec ses dents

D’un cœur à une femme
Il n’y a qu’une bague
D’un homme à ses larmes
Il n’y a qu’une dague
J’lui avais dit d’m’attendre
Elle m’a pas attendu
On me l’avait prédit
Mais j’ai pas entendu
Ell’vit comme j’comprends pas
C’est dur de rien comprendre
D’pas revenir sur ses pas
De plus pouvoir la reprendre
J’lui avais dit attends
Ses oui voulaient dire non

Et dans ce moi qui peut plus broncher
Ça m’fait plus mal que son prénom
Il suffit de quoi pour changer d’vie
D’mettre sa gueule sur un faux passeport
De partir quand t’en as envie
Et d’jamais rester sur le port
L’identité quand on y pense
C’est que c’qu’on nous dit à l’école
Mais finalement dans l’existence
Ta gueule y’a qu’une fille qui lui colle
Moi j’aurai dû coller à elle
Mais j’ai pas trouvé son chemin
J’ai pas compris qu’elle était belle
Et qu’on pouvait mourir demain

ODE TO JIM


J’ai une grande lézarde entre les deux yeux dans laquelle un lézard a fait son nid
Jimmy : Here come
D’un côté, c’est l’enfer, et de l’autre, les cieux ;
Le sang d’un indien mort sur le bord du bitume, une amitié posthume qui jamais ne finit ;
Comme une plaie de l’âme qui me sort sous la peau ;
Le violet d’une flamme ; une araignée sous le chapeau.
Le lézard me dit de chanter, je chante ; il se cache dans le trou de ma mémoire ;
Je lui arrache la queue ; elle repousse, douce…
Je m’enferme dans l’armoire de ma folie ; je lie et relie l’ombre et le noir de la beauté,
L’espoir avec l’espérance ; j’entre en transe « entrance »
Jimmy : Whisper of the darkness all right
Le lézard et l’araignée affairés sous mon crâne à bouffer mon cerveau comme les vers
L’indien sur le bas-côté de la route, et le doute à découvert dans mes vers,
Témoins de la nécrose de mes travaux d’Hercule
Jimmy : On the storm again…
Et du temps qui ne recule que sur ma montre qui avance ;
De glace en bris, de fontaine en jouvence, un oreiller de plume à la place du cœur
Je me balance au rythme de la pluie qui tombe sous l’orage :
Promeneur solitaire, le lézard sort de terre,
Et je sors de mon trou comme on sort d’un garage ;
La fille a disparu ; l’armoire est vide et le noir s’ouvre ;
Je descends dans la rue, il fait froid, je me couvre ;
Et l’orage et la pluie deviennent mes amis ; et…
Le lézard me chante un vieil air de Jimmy,
De Jimmy to the other side, all right
Jimmy : To the other side… Come on, baby, to the other side… Here come… Rain… Pain…

LA MAISON DU BONHEUR


Un jardin quatre murs,
Un soleil doré comme un citron mûr
Ta chaleur blottie contre ma chaleur
Et ton cœur tout contre mon cœur

Tes yeux doux tes seins lourds
Mes mains nues couchées contre tes velours
Nos prénoms gravés au feutre en couleur
Sur ton cœur sur mon cœur

Ce serait la maison du bonheur
Même à fort loyer j’suis preneur
Il n’y aurait que toi contre moi
Et l’amour contre notre amour

Plus d’auto plus d’ciné
Rien qu’un rêve sur le bout de ton nez
Tes grains de beauté mon grain de folie
Et ta vie tout contre ma vie

Rien qu’un toit pour nous deux
Rien qu’une chambre avec vue sur tes yeux
Le chien qui dort et qui veille au bas du lit
Sur ta vie sur ma vie

Ce serait la maison du bonheur
Même à fort loyer j’suis preneur
Il n’y aurait que toi contre moi
Et l’amour contre notre amour

Un jardin sur la mer
Un chagrin jeté comme un fruit amer
Ta chaleur serrée contre ma chaleur
Et ton cœur tout contre mon cœur

Ce serait la maison du bonheur
Même à fort loyer j’suis preneur
Il n’y aurait que toi contre moi
Et l’amour contre notre amour

Ce serait la maison du bonheur
Même à fort loyer j’suis preneur
Il n’y aurait que toi contre moi
Et l’amour contre notre amour

RÉVEILLE LA FORCE


Depuis que tu sais parler on t’apprend à te taire
Depuis que tu sais marcher c’est au pas qu’on t’apprend à le faire
Depuis qu’tu penses on pense pour toi
Même quand tu roules on roule pour toi
Debout ! T’es pas un numéro
Ta vie tu peux la reprendre à zéro

Réveille la force qui veille au fond de toi
Réveille la force qui veille au fond de toi
Réveille toi ! Réveille toi !

Si la jeunesse savait la vieillesse pourrait
Si la vieillesse pouvait alors c’est sûr la jeunesse saurait
Mais bats-toi comme bat ton cœur
Jeune ou vieux tu es vainqueur
La force est là au fond de toi
Réveille la ! Réveille toi !

Réveille la force qui veille au fond de toi
Réveille la force qui veille au fond de toi
Réveille toi ! Réveille toi…

FACES CACHÉES


Qui marche sur tes pas de la vie au trépas
Qui foule tout ce que tu foules
Qui prolonge ton corps quelque soit le décor
Et sans te perdre jamais dans la foule
Tu passes elle te poursuit
Et jamais tu n’essuies
Sa trace imprimée par la tienne
Jamais tu ne la tiens pourtant elle te retient
Sans pour autant qu’on la contienne

Ton ombre la face cachée de ton corps
Ton ombre la face cachée de ton corps

Éclipse obscure et claire électrique ou solaire
Aux limites sans fin mouvante à l’image de celle
Invisible étincelle qui de l’esprit est la suivante
Tu penses donc elle te suit comme sa sœur de suie
Le fait pour sa chère enveloppe
Nul ne sait son endroit côté cœur côté droit
Qu’on la tire ou la développe

Ton âme la face cachée de ton coeur
Ton âme la face cachée de ton cœur

Photo de l’inconscience développement négatif
Photo de la conscience tirage positif
Et les deux sont en toi
Et les deux se cotoient
Corps individuels
Qui se battent en duels
Dans la face cachée de ta vie
Dans la face cachée de ta vie…

Barbara

Prévert

L'homme et la mer

Léo Férré

Un champignon pousse

Mouillac

ON EST BIEN
(bonus version belge)

On en a vécu de belles depuis qu’on s’aime toi et moi
Des engueulades à la pelle des n’importe quoi
Des 'fous le camp' des 'reviens vite'
Des 'je m’en vais' des 'je reviens'
Mon amie la marguerite s’en souvient

Mais tout ça on a su le faire
Sans jamais se lâcher la main
Et depuis notre amour a fait du chemin
On est bien on est bien

On s’est fait des plans minables
Des trucs pas vraiment très clean
Et des fugues interminables
Au pays du spleen
Toi t’as pris des mecs en panne
J’ai pris des filles de secours
Il y en a eu des départs et des retours

Mais tout ça on a su le faire
Sans jamais se lâcher la main
Et depuis notre amour a fait du chemin
On est bien on est bien…

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